La légende de Kêr Ys, par La Villemarqué 4


La légende de Kêr Ys, publiée dans le Barzaz Breizh.

La villemarquéDans son recueil de chants populaires de Bretagne en langue bretonne, Théodore Hersart de La Villemarqué a collecté une version de la légende de Kêr Ys (la ville d’Ys), intitulée “Livadenn Gêr Is”.

Attention, il existe plusieurs version de la légende bretonne de Kêr Ys, tout savoir sur la véritable légende de Kêr Ys.

Voici la version en français de la légende de Kêr Ys recueillie par La Villemarqué, extraite du Barzaz Breiz.

I
As-tu entendu, as-tu entendu ce qu’a dit l’homme de Dieu au roi Gradlon qui est à Ys ?
« Ne vous livrez point à l’amour; ne vous livrez point aux folies. Après le plaisir, la douleur !
« Qui mord dans la chair des poissons, sera mordu par les poissons; et qui avale sera avalé.
« Et qui boit et mêle le vin, boira de l’eau comme un poisson ; et qui ne sait pas, apprendra »

II
Le roi Gradlon parla :
– Joyeux convives, je veux aller dormir un peu.
– Vous dormirez demain matin; demeurez avec nous ce soir; néanmoins, qu’il soit fait comme vous le voulez.
Sur cela, l’amoureux coulait doucement, tout doucement ces mots à l’oreille de la fille du roi :
– Douce Dahut, et la clef ?
– La clef sera enlevée; le puits sera ouvert: qu’il soit fait selon vos désirs !

III
Or, quiconque eût vu le vieux roi endormi, eût été saisi d’admiration,
D’admiration en le voyant dans son manteau de pourpre, ses cheveux blancs comme neige flottant sur ses épaules, et sa chaîne d’or autour de son cou.
Quiconque eût été aux aguets, eût vu la blanche jeune fille entrer doucement dans la chambre, pieds nus :
Elle s’approcha du roi son père, elle se mit à genoux, et elle enleva chaîne et clef.

IV
Toujours il dort, il dort le roi. Mais un cri s’élève dans la plaine :
– L’eau est lâchée! La ville est submergée !
– Seigneur roi, lève-toi ! Et à cheval ! Et loin d’ici ! La mer débordée rompt ses digues !
Maudite soit la blanche jeune fille qui ouvrit, après le festin, la porte du puits de la ville d’Ys, cette barrière de la mer !

V
– Forestier, forestier, dis-moi, le cheval sauvage de Gradlon, l’as-tu vu passer dans cette vallée ?
– Je n’ai point vu passer par ici le cheval de Gradlon, je l’ai seulement entendu dans la nuit noire : Trip, trep, trip, trep, trip, trep, rapide comme le feu !
– As-tu vu, pêcheur, la fille de la mer, peignant ses cheveux blonds comme l’or, au soleil de midi, au bord de l’eau ?
– J’ai vu la blanche fille de la mer, je l’ai même entendue chanter : ses chants étaient plaintifs comme les flots.

Livadenn Gêr Is, légende de Kêr Ys, La Villemarqué, Barzaz Breiz.

 

Voici la version en breton de la légende de Kêr Ys recueillie par La Villemarqué, extraite du Barzaz Breiz.


Ha glevas-te, ha glevas-te
Pezh a lavaras den Doue
D’ar Roue Gralon en Is be ?

“Arabat eo en em barat !
Arabat eo arabadiat !
Goude levenez, kalonad !

Neb a beg e kig ar pesked
Gant ar pesket a vo peget
Ha neb a lonk a vo lonket

Ha neb a ev, ha gwin a vesk,
A evo dour evel ur pesk
Ha neb na oar a gavo desk”

II 
Ar Roue Gradlon a venne :
“Koanourien da, da eo ganin
Monet da gouskiñ ur banne

– Da gouskiñ afec’h antronoz
Manet-hu ganeomp fenoz
Hogen pa vennit-hu, bennozh !”

Serc’heg a gomze war ma oue
Flourik-flour ouzh merc’h ar Roue :
“Klouar Dahut, nag an alc’houez ?

– An alc’houez a vezo tennet
Ar puñs a vezo dibrennet
Pezh a youlit-hu ra vo graet !

III 
Hag an neb en defe gwelet
Ar Roue kozh war e gousked
Meurbet vije bet souezhet

Souezhet gant e bali moug
Hag e vlev gwenn-kann war e choug
E alc’houez aour e-kerc’h ‘n e c’houg

Neb a vije bet er c’hedenn
En defe gwelet ar verc’h wenn
Goustad o vont tre, diarc’hen

Tostaat ‘rae ouzh he zad roue
Ha war he daoulin ‘n em stoue
Ha riblañ ‘rae sug hag alc’houez

IV 
Atav e hun, e hun an ner
Ken a gleved hed al laouer :
“Laosket ar puñs ! beuzet ar gêr !

– Aotrou Roue ! sav diallen !
Ha war da varc’h ! ha kuit a-grenn !
Ma’r mor o redek dreist e lenn !

Bezet milliget ar verc’h wenn
A zialc’houezas, goude koan,
Gorre puñs Kêr-Iz, mor termen !


“Koadour, koadour, lavar din-me,
Marc’h gouez Gradlon a welas-te
O vont e-biou gant ar saon-mañ ?

– Marc’h Gradlon dre ma na welis
Nemet en noz du e glevis
Trip-trep, trip-trep, trip-trep ; tan-tizh !

– Gwelas-te morverc’h, pesketour,
O kribañ he blev melen-aour
Dre an heol splann, e ribl an dour ?

– Gwelout a ris ar morverc’h wenn ;
M’he c’hlevis o kanañ zoken
Klemmvanus tonn ha kanaouenn”

Livadenn Gêr Is, légende de Kêr Ys, La Villemarqué, Barzaz Breiz.


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4 commentaires sur “La légende de Kêr Ys, par La Villemarqué

  • Breizhounix

    J’ai lu ce résumé sur un vieux site qui ne m’a pas l’air très très sérieux, qu’en pensez vous c’est correct comme résumé ou pas ?

    Le thème de la cité opulente et magnifique engloutie sous les eaux en punission de la faute d’une femme est commun a toute les mythologies. En Bretagne, on cite plusieures villes cotières qui auraient ainsi été submergées, mais la principale est Ys, capitale de la cornouaille au VI siècle, construite plus bas que le niveau de la mer et protégees de la fureur des flots par une digue percée de portes de bronze qu’on ouvrait qu’ marré basse. La clé de ces portes étaient gardeés par le roi du pays, ce roi Gradlon dont on admire la statue equestre entre les tours de la cathédrale de Quimper. Le bon souverain était chrétien mais son peuple pratiquait encore le ensiennes religions, à la suite de la fille du roi, la princesse Dahud qi menai une vie de débauche. Pour séduire un mystérieux prince étrangé dont elle c’était éprise, Dahud déroba les clés a son père et les donna a son amant. Celui ci ouvrit les portes la ville fût engloutie et la princesse transformée en sirène.

    • Culture Bretagne

      C’est une version de l’histoire, mais comme vous pouvez le constater en lisant les deux version que nous présentons sur ce site, ce n’est qu’une version parmi tant d’autres.

      Les grande lignes de la légende de Kêr Ys sont les suivantes, le reste dépend des versions :

      Le Roi Gradlon règne sur la ville d’Ys, il a une fille, Dahud, qui est au coeur de l’engloutissement de la cité légendaire, et deux saints (Gwenole et Corentin) sont aux côté du roi Gradlon. La Ville d’Ys déchaîne la colère de Dieu qui décide d’engloutir la cité légendaire, Dahud y décèce avec tous les habitants, sauf le roi Gradlon et les deux saints, qui fonderont tous les trois la ville de Kemper (Quimper).

  • jacques philippe-tachen

    Enfant, natif du Goëlo, ma grand-mère me chantait, dans les années 1940, la version en breton ainsi que le texte traduit en français de la chanson de kêr ys.

    Les seuls paroles qui avaient du marquer mon jeune esprit à l’époque et dont je me rappelle sont:

    – Dahut et le roi de l’enfer
    – Ont ouvert les portes de fer
    – Écoute au loin mugir le flot,
    – Il vient vers nous au grand galop…

    Je me souviens que le chant était très long, un peu mélancolique mais aussi très beau.
    Quelqu’un peut-il m’indiquer où je pourrais retrouver ce chant, si possible parole et musique.

    D’avance, merci!

    Philippe-Tachen