La légende de Kêr Ys, par Guy de Maupassant 1


La légende de Kêr Ys, publiée dans la revue “Le Gaulois”.

Guy de MaupassantIl ne s’agit pas d’une simple transcription d’une légende contée, mais il s’agit de carnets de voyages de Guy de Maupassant dans lesquels il conte ses voyages et ce que lui ont raconté ses interlocuteurs. Ces carnets de voyages ont été numérisés par Thierry Selva.

Attention, il existe plusieurs version de la légende bretonne de Kêr Ys, tout savoir sur la véritable légende de Kêr Ys.

Voici l’extrait du carnet de voyage “En Bretagne” concernant la légende de la ville d’Ys, le carnet au complet est après cet extrait.

Un roi, faible et bon, avait une fille perverse et belle, si belle que tous les hommes devenaient fous en la voyant, si perverse qu’elle se donnait à tous, puis les faisait tuer, précipiter dans la mer du haut des rochers voisins. Ses passions débordées étaient plus violentes, disait-on, que les vagues de l’Océan furieux, et surtout plus inapaisables. Son corps semblait un foyer où se brûlaient les âmes que Satan cueillait ensuite.

Dieu se lassa, et il prévint de ses projets un vieux saint qui vivait dans le pays. Le saint avertit le roi, qui n’osa pas punir et enfermer sa fille chérie, mais qui l’informa de l’avertissement de Dieu. Elle n’en tint pas compte, et se livra, au contraire, à de tels débordements que la ville entière l’imita, devenue une cité d’amour, dont toute pudeur et toute vertu disparurent.

Une nuit Dieu réveilla le saint pour lui annoncer l’heure de sa vengeance. Le saint courut chez le roi demeuré seul vertueux en ce pays. Le roi fit seller son cheval, en offrit un autre au saint qui l’accepta ; et, un grand bruit les ayant effrayés, ils aperçurent la mer qui s’en venait par la campagne, bondissante et mugissante. Alors la fille du roi parut à sa fenêtre, criant :
– Mon père, allez-vous me laisser mourir ?
Et le roi la prit en croupe, puis s’enfuit par une des portes de la ville, alors que les flots entraient par l’autre. Ils galopaient dans la nuit, mais les vagues aussi couraient avec des grondements et des écroulements terribles. Déjà leur écume rampante atteignait les pieds des chevaux, et le vieux saint dit au roi :
– Sire, rejetez votre fille de votre cheval, ou sinon vous êtes perdu.
Et la fille criait :
– Mon père, mon père, ne m’abandonnez pas !
Mais le saint se dressa sur ses étriers, sa voix devint retentissante comme le tonnerre et il annonça :
– C’est la volonté de Dieu.
Alors le roi repoussa sa fille qui se cramponnait à lui, et il la précipita derrière son dos. Les vagues aussitôt la saisirent, puis retournèrent en arrière.
Et le morne étang qui recouvre ces ruines, c’est l’eau restée depuis lors sur la ville impure et détruite.
Cette légende est donc une histoire de Sodome arrangée à l’usage des dames.
Et l’événement qu’on raconte comme s’il était d’hier, se passa, paraît-il, au IVe siècle après la venue du Christ.

Légende de Kêr Ys, Carnets de voyage de Maupassant.

Carnet de voyage au complet : http://athena.unige.ch/…bretagne.html


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Commentaire sur “La légende de Kêr Ys, par Guy de Maupassant

  • Gonideg

    Je suis tombé un peu par hasard sur votre site, mais ça tombe très bien car je cherchais justement différentes version de ce conte breton, ça fait plaisir de trouver ici une version qui ne se trouve pas si facilement.

    La légende de Kêr Ys existe en autant de versions qu’il y a de conteurs, mais trouver une trace écrite des contes du 19ème siècle est une chose importante pour saisir les variations de ce conte breton, Dahud avait disparu dans certaines version de la légende d’Ys, même si elle n’est pas citée sous ce nom là ici elle est bien présente.

    Trop de contes modernes sont devenu du folklore pour tourisme…