Retour sur l’annulation du match de l’équipe de football de Bretagne 8


Interview de Fañch Gaume (BFA)

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Fañch gaume (à droite) secrétaire général de BFA, avec Michel Tronson (à gauche) Président de la Ligue Atlantique de football – FFF

Fañch Gaume est le secrétaire général de Bretagne Football Association (BFA), l’association qui gère l’équipe professionnelle internationnale de Bretagne de Football depuis 1997. Cette équipe professionnelle de Bretagne joue pour rappel uniquement des matchs internationnaux, et a joué 4 matchs internationnaux depuis 2008, dont le dernier en 2011 à Saint Nazaire.

L’équipe de football de Bretagne devait affronter l’équipe d’Irlande le 26 mai, mais BFA vient d’annoncer l’annulation du match et le non remplacement de l’adversaire (voir communiqué de BFA en fin d’article).

Fañch Gaume a accepté de répondre à quelques questions pour mieux comprendre cette annulation et découvrir un peu mieux les contraintes de cette équipe professionnelle.

Culture Bretagne : Bonjour Fañch, peux-tu pour commencer nous expliquer la raison pour laquelle l’Irlande est revenue sur son engagement ?
Fañch Gaume : Bonjour à vous. Un accord de principe pour un Bretagne v. Irlande à Nantes était intervenu lors du congrès de l’Union Européenne (UEFA) du 22 mars 2011 avec le Président, le Secrétaire et le Directeur général de la Football Association of Ireland. Après le tirage au sort de l’Euro 2012, le 2 décembre, le sélectionneur Giovanni Trapattoni a préféré conclure un match avec la Bosnie à Dublin, en préparation de l’Irlande v. Croatie du 10 juin en Pologne.

“Les diffuseurs télé veulent la meilleure affiche possible […] Annuler un match est un crève coeur, mais nous ne pouvons pas nous mettre en danger économiquement une nouvelle fois.”

CB : La date du 26 mai et le stade de La Beaujoire étaient réservés, mais finalement il n’y a pas d’adversaire à affronter, quelle est la difficultée à trouver un autre adversaire ?
FG : Les diffuseurs télé veulent la meilleure affiche possible – donc un adversaire huppé – ou ne diffusent pas l’événement. Le grand public ne réagit pas autrement d’ailleurs, même en Bretagne, et ne vient pas ou peu au stade. Sans télévision, le budget d’un tel match devient d’emblée déficitaire, sauf si le montant compensatoire payé à l’équipe adversaire est minoré. Annuler un match est un crève coeur mais nous ne pouvons pas nous mettre en danger économiquement une nouvelle fois.

“Au total, le budget de Bretagne v. Irlande n’était pas inférieur à 400.000 euros.”

CB : On comprend que l’argent est un vrai souci, est ce que tu pourrais nous expliquer quel est le budget “type” d’un match de l’équipe de Bretagne, ce qui coûte de l’argent et ce qui en rapporte ?
FG : Il faut payer la location du stade, l’organisation et la sécurité, une assurance de garantie de salaires en cas de blessure des joueurs, la réservation d’hôtel pour les deux délégations et le montant compensatoire de l’équipe visiteuse, lequel comprend son transport aérien. Au total, le budget de Bretagne v. Irlande n’était pas inférieur à 400.000 euros. Les recettes se composent de la vente des billets, du sponsoring et d’une éventuelle somme payée par le diffuseur télé, sans oublier de possibles subventions. Un match de l’équipe de Bretagne peut très difficilement dégager un excédent. Les matches de 2008 et 2011 contre le Congo et la Guinée Equatoriale ont été déficitaires.

CB : Parmi les questions fréquentes que se posent certains Bretons, il y a “pourquoi la Bretagne n’affronte-t-elle pas, par exemple, l’équipe du Pays Basque” ?
FG : Le Pays Basque veut rencontrer des équipes nationales pour diffuser son image, même chose avec la Catalogne. Nos intérêts sont parallèles mais ne se rejoignent pas. D’ailleurs, économiquement, ces matches seraient très peu voire pas du tout viables. Nous avons rencontré la Corse mais uniquement parce que nous participions au même tournoi.

Equipe de Bretagne de Football (BFA)

L’équipe de Bretagne de Football (BFA) à Guérande

 

CB : On entend aussi souvent une interrogation des Bretons qui s’étonnent que l’équipe de Bretagne n’affronte que des équipes africaines. Comment expliquer que les matches contre d’autres équipes ne soient pas organisés ou n’aboutissent pas ?
FG : C’est uniquement une question financière.

CB : Autre question récurrente, les autres équipes comme la Corse ou le Pays Basque bénéficient d’un soutien assez marqué des médias locaux. Quelques mois avant un match, la Presse Quotidienne en Corse par exemple y consacre un article toutes les semaines, voir tous les jours quand on approche de la date. Comment expliques-tu cette absence dans la Presse Quotidienne bretonne, pourtant nombreuse (Ouest France, Le Télégramme, Presse Océan) ?
FG : La presse s’intéresse à un événement en fonction de la qualité des joueurs qui composent l’équipe de Bretagne, de la notoriété de l’adversaire et de sa propre volonté d’implication. Ce sont des réalités incontournables.

“Des joueurs sélectionnés en équipe de France ne peuvent pas l’être simultanément en équipe de Bretagne.”

FIFA équipe de BretagneCB : Pourquoi la Bretagne n’est-elle pas reconnue par la FIFA ou par l’une des ses confédérations comme l’UEFA ? Quels sont les problèmes que cela pose concrètement pour l’organisation des matches ?
FG : Pour faire partie de l’UEFA, il faut être l’émanation d’un Etat membre de l’ONU, et ce depuis 2001. Même chose avec la FIFA depuis 2002. Avant cela, ce n’était pas rédhibitoire. Sans rétroactivité, l’Ecosse, le Pays de Galles, l’Irlande du nord, l’Angleterre (NDLR : les plus vieilles fédérations du monde), les îles Féroé, Tahiti et la Nouvelle Calédonie, entre autres, ont pu conserver leur affiliation internationale. Les changements de 2001 et 2002 furent impulsés avec succès par l’Espagne, qui barra ainsi la route à l’affiliation de Gibraltar, malgré le jugement du Tribunal Arbitral du Sport favorable à ce dernier. Les problème que cela pose pour nous, équipe officieuse, se résume principalement à la possibilité des clubs de refuser de nous laisser leurs joueurs à disposition. Des joueurs sélectionnés en équipe de France ne peuvent pas l’être simultanément en équipe de Bretagne. Mais l’équipe officieuse de la Guadeloupe rencontre ces mêmes problèmes, tout en jouant pourtant cette compétition officielle qu’est la Gold Cup.

CB : Il existe une fédération internationale de football regroupant des équipes non reconnues par la FIFA, la Nouvelle Fédération-Board, créée en 2003. La Bretagne pourrait-elle la rejoindre et y gagnerait-elle quelque chose selon toi ?
FG : BFA n’est pas une fédération. Ce sont la Ligue de Bretagne et la Ligue Atlantique qui régissent le football en Bretagne, sous l’égide la FFF. Par conséquent, la question ne se pose pas, sans oublier que le NF Board est une fédération regroupant principalement des entités amateures. Dans le même ordre d’idée, la Guadeloupe et la Martinique ne peuvent rejoindre la FIFA puisqu’elles font partie de la FFF.

“Des personnalités influentes devraient bientôt nous rejoindre…”

BFA Bretagne football AssociationCB : BFA est gérée par des bénévoles, comment vous en sortez-vous et avez vous besoin d’aide pour avancer ?
FG : Dirigeants et joueurs professionnels sont bénévoles à BFA, qui est une association loi 1901 et n’est ni une fédération, ni une institution. Les joueurs sont salariés de leur club et ne peuvent pas venir de leur plein gré. Notre volonté de les assurer sur la perte de salaire en cas de blessure se veut un gage incontournable de responsabilité envers leur club et eux-mêmes. Nous devons aussi respecter le souhait de chaque joueur de privilégier ses vacances en fin de saison ou de jouer pour la Bretagne. Sinon, des personnalités influentes devraient bientôt nous rejoindre, ce qui devrait nous permettre d’être plus ambitieux, de franchir un palier décisif. Des joueurs également, comme Mickaël Landreau, Guillaume Moullec, Julien Féret, Arnaud Le Lan et beaucoup d’autres moins connus sont très volontaires. De très gros efforts doivent être fournis à tous les niveaux pour renforcer BFA et la visibilité de l’équipe de Bretagne. Mais rien n’est simple lorsqu’il s’agit d’une part du football professionnel et de ses obligations et d’autre part de la Bretagne, de son image, de son identité, de son unité et de ses esprits de clochers. N’oublions jamais que l’équipe de Bretagne est officieuse, avec toutes les limites que cela implique.

“Nous avons été arbitrairement interdit de jouer par l’ancien directeur général de la FFF pendant dix ans.”

CB : Quel est alors l’avenir de l’équipe de Bretagne au coeur de tant d’exigences ?
FG : Il ne faut pas se décourager. L’entreprise est colossale économiquement. Entre 1998 – le succès de Bretagne v. Cameroun – et aujourd’hui, le monde du football a subi des mutations incroyables, la société également. Durant cette période, nous avions surtout été arbitrairement “interdit” de jouer par l’ancien directeur général de la FFF pendant dix ans… Notre progression fut stoppée net. Il a fallu reprendre le “train en marche”. Les montants compensatoires pour attirer les meilleures équipes nationales se situent entre 200.000 et un million d’euros ! Les chaînes de télévision sont intéressées par des tournois, beaucoup moins ou pas du tout par un match amical. Ainsi, un Bretagne v. Pays de Galles n’aurait été retransmis qu’en différé nationalement.

CB : Et pour terminer sur une note plus positive, peux-tu nous donner les projets futurs de BFA, le futur match en préparation par exemple ?
FG : Nous étudions la possibilité d’organiser un tournoi quadrangulaire tous les deux ans, en alternant l’international et l’interceltique. Je vais aller dans quelques jours à Glasgow pour aborder la question avec la Fédération Ecossaise. De toute manière, l’objectif n°1 est d’être prêt pour pallier l’absence de l’Euro 2016 en Bretagne par l’organisation d’un grand tournoi international en mai 2016. C’est notre rampe de lancement. Avant cela, nous sommes déjà en train de préparer un match pour le mercredi 29 mai 2013. Il faudra remplir un grand stade. Plus il y aura de Bretons à se sentir concernés par l’équipe de Bretagne, plus elle aura de chance de grandir.

 

Communiqué de Bretagne Football Association
PAS DE MATCH DE L’EQUIPE DE BRETAGNE LE 26 MAI 2012.

Bretagne Football Association (BFA) avait conclu – en mars 2011 – un accord de principe avec la Fédération Irlandaise pour la tenue d’un match Bretagne v. Irlande, le 26 mai 2012 à Nantes.

Le sélectionneur irlandais Giovanni Trapattoni décida par la suite de faire disputer à cette date un match contre la Bosnie, en préparation du match Irlande v. Croatie du 10 juin, en phase finale de l’Euro 2012, annulant de facto l’accord de principe.

Par la suite, la recherche par BFA d’une sélection du même calibre que l’Irlande ne fut finalement pas fructueuse. Par conséquent, BFA a préféré annuler l’événement de mai 2012.


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8 commentaires sur “Retour sur l’annulation du match de l’équipe de football de Bretagne

  • Christian des COGNETS du CARTIER

    Et pourquoi ne pas faire appel de notre exclusion de la FIFA en vertu du traité International du 4 AOUT 1532, non LEGALEMENT abrogé à ce jour, et qui nous “garantit” notre statut de Duché ET PAYS, et non “province”, comme on disait, à l’époque, des régions ???

    • Culture Bretagne

      Cela me paraît un peu compliqué pour simplement intégrer la Bretagne à la FIFA. Cela équivaut à vouloir faire reconnaître la Bretagne comme un pays indépendant, ce qui n’est clairement pas le cas aujourd’hui, qu’importe les vieux textes et traités jamais abrogés.

    • Culture Bretagne

      J’ai du mal à saisir si ce commentaire est d’une ironie très poussée, ou juste du pure trolling. Il n’y a aucune complaisance, il s’agit d’éclairer les gens qui ne comprennent pas les contraintes d’une équipe professionelle.

      Quand à l’incompètence de BFA, je suis persuadé que cela s’améliorera dès que vous les rejoindrez, vous êtes probablement un professionel du football comme les membres de BFA (mais bien meilleur cela va de soit).

  • Ewen Kerv

    @ Denoan
    Indépendamment du fait qu’on considère cela comme un échec, où est la complaisance de l’intervieweur ? Les questions sont au contraire intéressantes, je me posais la moitié d’entre elles sans imaginer le fric par exemple que coûtait un match.